Un accident terrible…

Lorsque mes yeux s’ouvrirent, je me trouvais dans un hôpital
de Houston, et pouvais, pour la première fois, à nouveau
penser clairement. Je pris connaissance de mon état. Ma poitrine était
couverte d’un linge, comme si j'avais été chez
le dentiste pour me faire arracher des dents. A ce moment-là,
un violent coup de vent souffla par la fenêtre de ma chambre
d'hôpital et souleva le linge. Pétrifiée, je regardai
mon corps : je n'avais plus de bras !
Alors que j'étais une jeune fille de 12 ans, j'avais accepté Jésus
comme mon Sauveur. Mais à présent, ma prière se
limitait à une seule chose : je voulais mourir ! J'étais
dentiste et sur le point de passer l'examen. Une dentiste a besoin
de ses bras et de ses mains pour travailler sur la plus petite surface
du corps humain. Or, je n'avais plus de bras et plus de mains. Que
s'était-il donc passé ?
Un bel après-midi de dimanche, des amis m'avaient invitée à faire
un tour en bateau à voile. Ellen, mon amie, était également
dentiste, mais elle avait un semestre d'avance sur moi. Elle me dit: "Tu
m'as aidée à mettre mon bateau en bon état. Maintenant,
je voudrais t’offrir ce plaisir." Le doyen de notre institut
dentaire et deux étudiants voyageaient avec nous. Notre doyen
proposa de faire escale sur une baie sablonneuse, dans laquelle on
pouvait particulièrement bien nager. Un pont, auquel était
attaché une ligne à haute tension, formait une voûte
au-dessus de la baie.
A un moment donné nous eûmes faim et préparâmes
notre bateau à repartir. Pendant que nous nous éloignions
de la baie, je me rendis avec l'un des étudiants à l'avant
du voilier, vers la proue. A la surface de l'eau se reflétait
le soleil couchant. Lorsque je saisis la chaîne de l'ancre, mon
compagnon empoigna mes pieds, pour me taquiner. Je balançai
alors mes jambes sur le bastingage, de sorte qu'il ne put continuer à m’agacer.
Mais il mit ses mains sur mes épaules.
A l’instant même où nous étions dans cette
position, notre mât heurta la ligne à haute tension du
pont qui, à la lueur du soleil couchant, était maintenant
presque invisible. Une décharge de courant de 12.000 volts sortant
de la ligne à haute tension, passa par le mât de notre
bateau, avant d'atteindre la chaîne de l'ancre que je tenais
dans ma main. Comme un éclair, il traversa mes bras, et de ce
fait, aussi le corps de l'étudiant qui avait ses mains sur mes épaules.
Le courant relia les extrémités de la chaîne de
l'ancre et brûla mes bras. Il épargna mes épaules,
mais passa à toute allure à travers les bras, les mains
et les pieds du jeune homme qui se tenait derrière moi. Le sifflement
et la détonation du courant persistèrent jusqu'à ce
qu'Ellen saisisse la pagaie et l'agite, afin d'interrompre la connexion
entre la ligne de courant et le mât du bateau. Je tombai par-dessus
bord et coulai jusqu'au fond du lac. Mes amis s’empressèrent
de me retirer de l'eau et constatèrent avec bonheur que j'étais
encore en vie. Mais le jeune homme qui s'était tenu derrière
moi, avait été électrocuté par le courant
et était mort.
Pendant deux ou trois semaines, j'étais très faible
et abasourdie. De temps à autre, je criais, la douleur devenant
insupportable. Puis on m’administra davantage de piqûres
de morphine. Je ne m’étais pas rendue compte que l'on
m'avait amputée des deux bras. Je vivais des choses terribles.
Je ressentais des douleurs fantomatiques, c’est-à-dire
que je sentais encore mes bras jusqu'au bout des doigts, bien que je
ne les eusse plus depuis longtemps. J’ai commencer à douter
de ma foi. Mais deux personnes me soutinrent merveilleusement à ce
moment-là: ma mère et le doyen de notre institut.
Ma mère était une femme merveilleuse . Elle-même
avait derrière elle une vie bien difficile. Se tenant au chevet
de mon lit, elle me dit: "Margot, Dieu a voulu que tu restes en
vie. Il a un plan pour toi. Nous allons le découvrir." Et
le doyen me montra à quoi ce plan allait ressembler, en me disant: "Nous
avons pensé que vous pourriez revenir chez nous, à l'institut. " Furieuse,
je le fixai du regard, en disant: "Vous êtes fou ? " Il
répondit: "Non, nous avons une quantité de dentistes
avec des mains, mais nous pourrions engager quelqu'un avec une bonne
tête."
A ce moment-là, quelque chose en moi se mit à espérer.
Si lui et ma mère pensaient que je pouvais encore réussir à faire
cela, alors il fallait que moi je m’efforce à en faire
l’essai. Mais je voulais une claire confirmation de Dieu et lui
demandai dans la prière: "Seigneur, je ne peux pas réussir
cet examen par mes propres moyens. Si Tu veux que je reste à l'institut,
alors fais que mes notes à l’examen soient si bonnes que
je m'en trouve encouragée. Lorsque les résultats du test
furent connus, je constatai que je l'avais brillamment réussi.
En septembre, trois mois après l'accident, je retournai à la
faculté. Je regardai les autres travailler sur des patients,
et essayai de tout apprendre sur la médecine dentaire préventive.
J'ai alors tenté de me remettre au travail avec des bras artificiels,
mais ils étaient une charge plutôt qu’une aide.
C'est ainsi que je fus surnommée la jeune fille aux manches
vides. Le jour de l'examen final, le doyen m'accrocha mon diplôme
autour du cou. Il me fut permis d'enseigner, et c'est ce que je fais
encore aujourd’hui. Chaque matin, en m'éveillant, je remercie
le Seigneur pour cette profession qui est la mienne. J'enseigne l'odontologie
préventive et dirige une clinique qui traite les patients atteints
de maladies buccales.
Depuis cet accident, 40 ans ont passé. Maintenant, je me sers
d'une prothèse avec un crochet. Grâce à cela, je
peux conduire ma voiture. Mais pour écrire ou faire la cuisine,
je coince le crayon ou la cuillère en bois entre mes molaires.
Je suis mariée et j'ai deux fils adultes, ainsi que deux petits-enfants.
Mon mari a toujours été un merveilleux soutien pour moi.
Il a beaucoup contribué à ma réhabilitation.
Ma vie est riche et Dieu me donne toujours la force de me concentrer
sur ce qui est positif. Naturellement, j'ai aussi mes doutes et mes
déceptions, mais je n'ai jamais eu le sentiment que Dieu ne
m'aimait pas. Pour moi, cette parole de l'apôtre Paul est devenue
importante: "Oubliant ce qui est en arrière et me portant
vers ce qui est en avant, je cours vers le but ..." (Philippiens
3: 13)
Je remercie le Seigneur de m'aider et de continuer à m'utiliser.
Extrait du magazine allemand "Entscheidung" 5/2003
(autorisation accordée à Dorothée Hatzakortzian)